Objectif 4810m atteint

5 garçons plein d’avenir 

Encordé avec Yannick, je m’apprête à lui demander, un brin fatigué, s’il pense que c’est encore long. Je relève la tête et j’aperçois devant nous, des gens qui lèvent les bras, se congratulent, s’embrassent. Voilà, nous y sommes... en quelques secondes,  des tas d’images me passent par la tête. Ma femme, mes filles, la famille, les heures d’entraînement, l’accident de Christophe, tout ce projet fou et bien sûr les orphelins, nos partenaires et tous les donateurs qui ont pris part à l’atteinte de cet objectif.  Encore quelques mètres... des larmes commencent à couler... chacun profite de ces secondes. C’est fait. Nous sommes le 26 juin 2015, il est 06h40 et toute l’équipe d’Objectif 4810 se trouve sur le toit de l’Europe, à 4810 mètres, nous sommes en haut du Mont Blanc !

 Petite vidéo souvenir, cliquez sur l'image !

Ceci met donc un point final à un projet jugé complètement fou y compris par nos proches et qui débute par un fait malheureux. Le 23 septembre 2013, alors que nous sommes en formation GRIMP, Christophe chute d’un échafaudage de 7 mètres. Il est polyfracturé. Au total, un traumatisme du bassin, du coude et un TC sans PC. S’en suit le parcours classique : hospitalisation, consultation chirurgicales, examens complémentaires, visites, contre-visites, décubitus strict,... Pour nous tous, une bonne grosse fracture du moral.  C’est durant sa convalescence qu’on va décider de ce pari fou :

 

« et si dès que tu es sur pieds, on se faisait l’ascension du Mont Blanc ? » Il n’en fallait pas beaucoup plus pour que nos neurones se mettent en mode interconnexion et en quelques secondes la phrase magique fut prononcée « pari tenu ». 

Fin juin 2015. Voilà nous y sommes. Les affaires ont été maintes fois vérifiées. Tous dans le VTP, en route vers Chamonix, l’heure est encore à la rigolade mais la pression monte tout doucement. Greg en profite pour nous expliquer le programme. Bon ben là c’est sûr on est dedans. A peine arrivés, aussitôt dans bain. Nous prenons samedi le chemin de la première course, direction l’Aiguille de la Bérangère. 1h55 pour rejoindre le refuge de Tré la tête à 1970 mètres à travers les sapins. Puis changement de décor quand on prend la direction du refuge des conscrits, ça monte sec, les températures chutent et nous nous rapprochons de la neige. L’arrivée aux Conscrits se fait en fin d’après midi et les premières ampoules font leurs apparitions ! On en profite pour se repose, siester, écouter de la musique et surtout soigner ses pieds. Première nuit en refuge... donc nuit courte, le lever se fait à 03h30 pour un départ programmée vers 04h00. Nous chaussons les crampons dès la sortie du refuge et Greg décide de nous réveiller fort en empruntant de petites pentes qui nous déposent directement sous le sommet. Le jour se lève, le ciel est encore dégagé, les paysages magnifiques sous ce soleil levant et nous sommes le jour de la fête des pères. Un très beau cadeau en somme ! 

On s’encorde et en avant pour la dernière pente et les quelques mètres de mixte. Malheureusement, le temps change, le sommet est sous le brouillard mais qu’importe, nous sommes en haut. L’Aiguille de la Bérangère à 3425 mètres, c’est fait ! Pas le temps de trop se poser et on entame une longue descente dans la bonne humeur. Au final, une première ascension, une bonne acclimatation et la découverte de nouveaux muscles.

Le réveil de lundi est plutôt douloureux. Greg nous propose de changer le programme et de profiter d’une journée de récupération. Un peu de marche dans les rues de Chamonix, quelques achats et on décide d’aller brûler un cierge à l’église Saint Michel. Au moins nous aurons mis toutes les chances de notre coté. L’échéance approche, on se sent tout de même nerveux et Greg, très pédagogue, répond à nos questions dans les moindres détails.

Alors que le soleil régnait en maître ce lundi dans la vallée, mardi le temps est mitigé. Greg décide de nous préserver et de « faire des globules ». L’objectif est donc de passer du temps en altitude. Direction le téléphérique de l’Aiguille du midi. 1er arrêt au plan de l’Aiguille du midi, une ballade bien sympa puis un repas au bord du lac bleu avec les choucas. Puis nous reprenons le téléphérique pour l’Aiguille. On prend notre temps, on savoure, il est juste là devant nous, il joue à cache-cache avec les nuages, nous avons l’impression qu’il se dérobe sous notre regard ou bien est-ce l’humilité qui nous empêche de le regarder ? Ah si seulement l’arrêt sur images existait ! On prend le temps, on savoure ces instants. On en profite également pour réaliser une vidéo humoristique sur le Mal Aigu des Montagnes, autant dédramatiser ( cliquez sur l'image en dessous, attention c'est du lourd):


Petite vidéo souvenir, cliquez sur l'image !

Il est désormais temps de préparer nos affaires pour l’ascension. Derniers achats réalisés mercredi matin, derniers coups de téléphone, et c’est parti. Nous sommes mercredi 24 juin et nous montons au refuge du Nid d’aigle à 2482 mètres.  Toute l’équipe décide de faire tourner les jambes juste au dessus du refuge et de profiter encore et encore de ce soleil. Le soir on échange avec un groupe qui redescend. Le Mont Blanc pour eux c’est chose faite. Ils nous informent d’accidents graves survenus dans le couloir du Goûter. Deux d’entre eux ont tout de même été touchés par le MAM malgré une acclimatation dans les règles de l’art. Pour tout vous dire, à ce moment précis, le moral n’est pas bien haut. 

Une fois de plus Maître Greg Yoda est là : « à cet instant, stresser tu ne vas pas ». Une bonne nuit de sommeil, un bon petit déjeuner et nous sommes d’attaque.

 Une fois n’est pas coutume, grand beau, la météo est avec nous. 2 heures de grimpette pour rejoindre le refuge de tête rousse à 3167 mètres. Un arrêt au stand puis on rejoint le couloir de Gouter. Tout le monde retrouve son sérieux, les consignes de Greg sont claires : sécurité et écoute. Les deux cordées passent tranquilles, sans encombre. Nous empruntons ensuite les aiguilles du goûter, mélange de randonnée en haute montagne et d’escalade. On accède sans difficulté au nouveau refuge du goûter 2h30 plus tard. Il est d’ailleurs quasi désert vu l'heure.

On s'installe tranquillou avant de manger au choix, fromage et saucisson ou compotes et barres de céréales. On attaque LA nuit vers 15h, c'est quasiment là que l'on dort le mieux !!!

A 18h30 on passe à table puis vient l’heure s'allonger. Dernières vérifications, derniers rangements. Musique sur les oreilles, le sommeil est dur à trouver. Les heures défilent. 1h30 c'est le réveil. La nuit fut plus ou moins bonne. On a l’impression d’être dans une fourmilière, tout le monde se lève en même temps, petit déjeuner puis équipement, nous apercevons déjà les premières frontales empruntaient la « trace ». 

Le vent nous saisit dès la sortie du refuge malgré nos nombreuses couches. Longue montée du Dôme, pause en haut. Petite descente, coup de cul sous Vallot puis pause à Vallot. Ca souffle toujours. Pourras t'on passer l'arête avec ce vent ??? On continue avec le ventilateur bien en marche. Seconde pause après les bosses à l'abri du vent. Celui ci ne faiblit pas mais Greg nous paraît confiant ! Le groupe marche sans difficultés, personne n’est malade et ne souffre du froid. En route pour la dernière ligne droite !

Le vent ne nous chahute pas trop sur l'arête qui est bien tracée. A 6h40 nous ne pouvons monter plus haut, l'objectif est atteint. L'émotion est à son comble.

Nous profitons de ces quelques minutes inoubliables. Il est déjà malheureusement temps de redescendre. Les sourires ne nous quittent plus et nos taux d’endorphines doivent, eux aussi, atteindre des sommets. La descente est longue, très longue, douloureuse malgré cela nous restons attentifs à l’aspect sécurité.

A tête rousse, pause déjeuner et contact avec la famille. Difficile de coucher sur papier, dans cet article, les émotions et les phrases échangées. Permettez nous de conserver ce jardin secret pour nous.

On en profite pour donner quelques nouvelles sur les réseaux sociaux et là ... surprise ... on découvre tous les messages de soutien, les photos et défis. Quelle fierté d’avoir pu créer un élan de solidarité et de cohésion autour de cet événement ! 

La semaine passée à Chamonix restera sans nul doute gravée dans nos esprits à plusieurs titres.

Sur le plan sportif tout d’abord, où la découverte de la haute montagne a été une véritable révélation. Des efforts physiques certes intenses mais des panoramas à couper le souffle. Il s’agissait d’une première (et quelle première) mais certainement pas d’une dernière et nous nous sommes promis, avec le groupe de continuer  à faire, quelques courses, quelques sommets, juste pour le plaisir.

Cette semaine nous a également permis à tous une réflexion personnelle, le fameux « connais-toi toi-même », injonction chère à Socrate et aux sapeurs-pompiers :

Nos interrogations ont été nombreuses et il est indéniable que ces heures et ces jours passés en montagne, véritable source d’humilité, nous ont fait prendre conscience de nos capacités, nous ont permis de nous découvrir et surtout nous faire grandir.

Sur le plan collectif enfin, cette semaine a été l’exemple parfait d’une communion en vue d’un seul et même objectif.

D’abord par toutes les actions qui se sont organisées pour nous accompagner au plus haut et qui ont été une véritable source de motivation, ensuite parce que 5 est égal à 1 :

De la préparation jusqu’au sommet, nous n’avons parlé que d’une seule voix. De véritables liens se sont tissés, très solides sur la base de valeurs communes : la bienveillance, l’altruisme, la générosité, la solidarité, l’humilité et l’engagement. 

4810 fois bravo à vous tous,

4810 fois merci à vous tous.

« Le bonheur ne se trouve pas seulement au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir » 

N’hésitez pas à poursuivre l’action en envoyant vos dons à l’ODP : http://www.pompiers.fr/oeuvre/accueil 

 

 

PS : en 2017, il n’y aura pas seulement les élections présidentielles... on vous promet donc de nouvelles aventures ...toujours sous la bannière « Objectif 4810 », non plus en haute montagne mais sur l’Ile de beauté pour un défi à hauteur des 180 kilomètres du GR 20, considéré comme le plus beau trek au monde. Habituellement réalisé en 15 jours, nous avons choisi de le réaliser en 8. L’idée est simple : 1 équipe qui part du Nord, l’autre du Sud avec pour objectif de rallier le centre de l’île sous 8 jours sur la commune de Vizzavone. 2 évolutions majeures par rapport au projet Mont Blanc :

-      Nous ne serons plus 5 mais bien plus…

-      Nous souhaitons accueillir au sein des différents groupes des orphelins pris en charge par l’ODP

 

OBJECTIF 4810 sur le site de l'ANISPhttp://www.infirmiersapeurpompier.com/category/OBJECTIF-4810.html

 

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