ISP D'où viens tu? Partie 1

ISP D'où viens tu? De Versailles dans l'ombre au conseil des ministres de la république.
Partie 1:

L’organisation des services de santé et de secours médical des sapeurs-pompiers est  une construction récente, datant d’une quinzaine d’années au plus, et qui n’est pas encore totalement aboutie à ce jour dans bien des services.

Si la place des médecins de sapeurs-pompiers volontaires, au sein des corps communaux de sapeurs-pompiers, remonte à 1956, celle des infirmiers est bien plus récente, tout au moins de façon formalisée. Nombreuses  ont été les interrogations  sur la légitimité  de ces « nouveaux arrivants » : Sont-ils capables d’accompagner les «  soldats du feu » sur le terrain des opérations ? Pouvons-nous  confier à ces professionnels de santé des responsabilités  organisationnelles voir de gestion ? Vont-ils  occulter le rôle reconnu des moniteurs de secourisme, enfin, pourquoi aurions-nous besoin d’un infirmier pour donner des soins à bord des VSAB, alors que nos médecins sont les maîtres de l’art en la matière ?

Voilà les interrogations, qui un jour, ont fait surface, le jour où les sapeurs- pompiers dont la profession était - infirmier diplômé d’Etat -, ont estimé en toute conscience que  leur identité devait s’inscrire dans un cadre réglementaire.
Il fallait donc construire cette nouvelle identité professionnelle au sein de la maison sapeurs-pompiers, maison qui s’était habituée depuis les années 70, à la présence de ses sapeurs-pompiers polyvalents, hommes et femmes du feu, hommes et femmes soignants.

La grande famille des sapeurs-pompiers constata qu’elle disposait dans ses équipes d’un sapeur-pompier dont la profession était, « infirmier diplômé d’Etat », il était très utile en intervention par VSAB, pour soigner, c’était logique puisque soigner c’était son métier.
D’ailleurs, le recruteur principal d’infirmiers, était le caporal du VSAB.
Rencontré aux urgences, ou dans l’équipe du SMUR, pour les hospitaliers, ou en interventions à domicile pour les libéraux, le caporal invitait l’infirmier à « passer au CS ». Pour les autres ils étaient déjà dans la famille, cadet, puis volontaire, comme en Haute-Savoie avec notre ami Jean-Claude CORDEAU, ou Jacques BOURGOIS sur la côte d’Opale, d’autres étaient sapeurs-pompiers professionnels dont un certain Jean-Pierre LEBASTARD dans les Yvelines. Ils avaient presque naturellement choisi la profession d’Infirmier.

C’est par le VSAB qu’on leur ouvrait la porte. Dans une époque, où la courbe exponentielle des « sorties »par VSAB, enclenchait une mutation sociétale au sein des casernes.

1978, Manœuvre avec
l’équipe du SAMU
et l’Infirmier « double casquette »


La compréhension des faits historiques relatant la construction de cette nouvelle identité permet de constituer une nouvelle  grille de lecture, de clarifier une vision très souvent parcellaire, locale et régulièrement troublée par des représentations erronées.
Clarifier pour tenter de mieux faire  comprendre, comment nous en sommes là, et envisager quelques enseignements pour être dignes des enjeux du service public de secours et de soins d’urgences de demain

.Il sera d’une part retracé les faits marquants de cette émergence, d’après le recueil de témoignages et fonds documentaires, tout en inscrivant cette dynamique, dans l’histoire plus générale des soignants, en particulier extrahospitaliers, en France ou dans d’autres organisations de santé de pays étrangers confrontés à des problématiques similaires

.Enfin il était du devoir des auteurs et témoins, d’affirmer la légitimité de la profession d’infirmier, par  l’exemple des faits historiques marquant son antériorité conséquente dans les pratiques  des soins avancés, et des actions de santé publique, au quotidien mais également en situation d’exception ainsi que, son antériorité dans l’encadrement de ses pairs depuis les années 50.

C’est l ‘histoire des femmes et des hommes qui « ont pris soin » de l’humain soufrant  au PIED de L’ARBRE.

FLORENCE NIGTINGALE,
dont le nom est associé au
serment prêté par la profession
d’Infirmier dans certains pays
ou établissements de formation.


L’histoire des infirmiers (et des soins infirmiers) s’est souvent établie durant les périodes de crises sanitaires (épidémies) et durant les temps de guerres. Une infirmière Anglaise, Florence NIGHTINGALE, travaillant  à améliorer la condition des soldats impliqués dans la guerre de Crimée enracina avec ses trente-huit infirmières le concept du soignant de l’avant, ce soignant qui panse les plaies ; qui apaise la soif. Elle inventa les soins paramédicaux hors de l’hôpital, elle initia le  soutien sanitaire, les mesures d’hygiène collective. La « DAME à la LANTERNE »montra la voix, le devenir de cette facette de la profession d’infirmier.

Durant les temps de guerres, la guerre de Crimée, la grande guerre, la deuxième  guerre mondiale, celle d’Indochine d’Algérie et notamment du Viêt- Nam, la pénurie de médecins voit conférer aux infirmières et infirmiers un glissement des actes ordinairement réservés aux praticiens  médicaux.

Les soins infirmiers appris et réalisés sont alors diversifiés aux actes invasifs et s’élargissent des simples soins de confort ou d’hygiène prodiguées à la personne en situation à risque, au malade, au blessé.

C’est l’histoire des soignants de l’avant, ceux qui, dans l’ombre, au fil des temps tourmentés ou pacifiés, ont contribué à faire émerger une nouvelle facette de la profession d’infirmier.

1915, Médecins et Infirmiers 
au milieu de la troupe

Les infirmiers de sapeurs-pompiers du Service de Santé et de Secours Médical des SDIS s’intègrent dans les années 70, dans cette composante. La nature ayant horreur du vide, les a  désignés comme acteur légitime pour compenser un pan de cette crise sanitaire des temps modernes, la baisse de la démographie médicale qui impacte sur la disponibilité de ces acteurs institutionnels, pour le secours d’urgence, et les besoins de santé au travail des sapeurs-pompiers. Mais également l’évolution du niveau des techniques de soins avancés pratiqués par les personnels infirmiers des services d’urgences des hôpitaux.









L’HERITAGE DE L’HISTOIRE
 

Un Sapeur-Pompier
Infirmier CS Avesnes
le Conte (62) Années 70.

Nous sommes le 16 mai 2006, il est 10 heures, la formation spécialisée, n°3 du conseil supérieur de la fonction publique territoriale (C S F P T), est réunie pour donner un avis sur la création d’un corps de catégorie A pour les infirmiers  de sapeurs-pompiers professionnels
.L’avis sera favorable, mais cet avis sur la naissance de cette nouvelle branche de la profession n’a pas échappé à la tenace empreinte  de l’évolution socio-historique de cette profession. Tu seras Infirmier d’Encadrement.

Avant donc de nous pencher sur l’émergence des infirmiers de sapeurs-pompiers, il est nécessaire pour mieux en comprendre les péripéties d’observer le long cheminement  socio-historique de la profession d’infirmière et de  la fonction cadre de santé pour nous rendre  aux  fonctions d’infirmiers d’encadrement de sapeurs-pompiers professionnels.
Les  IESPP, étant spécifiques, par leurs missions,  sont différents par leur profil, ils sont identifiés comme « infirmiers » d’encadrement, donc non susceptibles d’être assimilés au corps général des cadres de santé.
Il nous semble nécessaire  d’établir les liens entre les problématiques actuelles et le passé de l’évolution de cette fonction « cadre ». Et en particulier, la problématique proche qui a donné naissance à la fonction d’infirmiers d’encadrement, fonction chargée dès sa parution statutaire, de contradictions.
 On  voit émerger dès sa naissance l’idée d’une dichotomie entre l’appellation  infirmier, « fonction soignante», et la fonction encadrement  diriger l’autre, incompatible avec la fonction soignante qui consiste à « aider l’autre ». Point de salut peut-être pour l’IESPP, sans l’obtention du diplôme de cadre de santé, mais une plus-value certaine, celle d’un infirmier d’encadrement, cadre de santé du SSSM des SDIS, une hypothèse de devenir  inscrite dans ce passé professionnel.

De la « bonne sœur », au Directeur

De la sœur de la charité, surveillante, au cadre supérieur de santés gestionnaires, et directrices des soins, c’est du haut de la pyramide du vingtième siècle, que nous pouvons observer le cheminement historique et sociologique qui sépare les deux personnages de cette saga.

Une lente évolution s’est produite au gré des mutations des modèles féminins, de l’emprise de la religion dominante, des transformations des organisations du travail, de l’évolution de la médecine et des sciences en générales, des effets induits par les guerres mondiales ou continentales, des prises de consciences identitaires des acteurs de soins, des facteurs économiques.

Pratiques païennes et charité :

Avant le moyen âge, des femmes à partir de savoirs basés sur l’utilisation des plantes, de savoirs empiriques et autour de la fécondité, ont exercé une certaine forme de médecine, ceci en parfaite symbiose avec la société de l’époque.
Le développement du christianisme met fin à ces pratiques proches de la nature et de l’humain. Le corps devient source de pêché et se voit assez rapidement frappé de l’interdit. Le spirituel diabolise ces femmes qui apportent la guérison.

Les connaissances l’expérience de la pratique des soins qu’avaient développés ces femmes de façon empirique furent assimilées à des pratiques païennes, l’église diabolise les pratiques de soins des guérisseuses qui iront  périr sur le bûcher.
L’église va contrôler les soins corporels donnés aux malades sur le modèle de la femme consacrée et destinée au service des malades et des déshérités

.Le savoir, la maîtrise de l’action de soin, leur est interdit, puisque appartenant aux congrégations religieuses, elles vivent dans le cadre de règles strictes dictées par une hiérarchie fortement structurée. La hiérarchie ecclésiastique organisant l’encadrement, l’ancêtre de la surveillante étant la mère supérieure.

Le modèle d’encadrement des filles de la charité  assurait  la surveillance des soignants (nos premiers infirmiers et infirmières), mais également, des buanderies et lingeries, des celliers, des cuisines, de la morgue des hôpitaux. Ces sœurs cheftaines étaient placées sous l’autorité immédiate de la Supérieure de l’hôpital, et sous celle de la Supérieure Générale. L’administration hospitalière n’exerçait aucune autorité sur elles, tant sur leur nomination dans les services d’hospitalisation que leur promotion ou révocation.

Un autre modèle d’encadrement s’imposait dans les hôpitaux lyonnais où existait un lien entre les agents hospitaliers religieux et professionnels. Les hôpitaux de Lyon étaient   dirigés par un conseil général de 25 membres, exclusivement des hommes. Dans chaque établissement, un Administrateur désignait des mères sélectionnées avec soin destinées à diriger les salles de malades. Ce recrutement se basait sur la capacité de la postulante à être exclusivement dévouée à l’organisation. Ceci afin que l’esprit congréganiste n’envahisse pas les esprits.. 
Cette cheftaine des novices avait le rôle de surveiller, commander et « d’évaluer »les novices afin de tenir l’administration au courant de leur capacité à devenir de « bonnes hospitalières ». Enfin, quand la cheftaine quittait le service, le médecin-chef était consulté quant à la nomination de la remplaçante.

Les trois pouvoirs de l’hôpital apparaissent  en cette fin du XIXème siècle ; le pouvoir religieux (soignant), le pouvoir administratif laïque, le pouvoir médical.

Soignants sous surveillance

L’évolution de la science en général, la révolution pastorienne, une nouvelle conception de l’approche des maladies ; induit la mise en pratique de nouvelles techniques et pharmacopée de plus en plus perfectionnées. Le corps médical, tenant du diagnostic et de la prescription médicale se voit débordé en termes de charge en soins. Ils se trouvent dans la nécessité de déléguer certains soins à un personnel subalterne : les auxiliaires médicales. Les premières écoles d’infirmières ouvrent leurs portes, au terme du XIX  siècle.

Le personnel religieux assume à cette période, l’intendance et la surveillance des salles de malades, les gros travaux et les soins sont à la charge d’un personnel soignant frustre et totalement illettré.
L’apparition dans les hôpitaux de l’auxiliaire médicale sous l’impulsion du docteur Désiré Magloire Bourneville (1840-1901), ouvre le débat intense entre personnels religieux et laïcs.
Bourneville, souhaitait chasser les religieuses des hôpitaux et former des infirmières professionnelles dévouées aux prérogatives médicales avec une hiérarchie propre.
Mais, malheureusement l’insuffisance d’instruction du personnel de l’époque était un obstacle à sa promotion en qualité d’encadrant. La durée de la formation fut également un obstacle, elles duraient  sept ans. Ce handicap structurel ne   permet pas de former des professionnels de l’encadrement de soins en nombre pour répondre aux besoins importants.

En conséquence pour conjuguer cette carence on choisit de nommer des personnes « convenables », formées en quelques mois, pour devenir surveillants sans avoir jamais été et exercé la profession d’infirmière.

Au fil du temps, deux tendances s’affrontèrent, l’une portée par une volonté de promotionner un personnel infirmier laïc, en lui donnant une formation adaptée, ceci dans les premières écoles d’infirmières. L’autre consistait  à maintenir les religieuses en poste, avec comme conception que la fonction d’encadrement ne devait  être compatible qu’avec la fonction de soignant.
Aussi, cette tentative d’enrichir l’encadrement des soignants par des professionnels du soin, fut un échec, les religieuses furent pérennisées dans cette fonction, pour surveiller, diriger et punir.
Dès cette période, on voit poindre l’idée d’une dichotomie entre la fonction soignante, qui consiste à « aider l’autre » et la fonction d’encadrement « diriger l’autre ».

Le premier diplôme national d’infirmière fut créé par un décret du 27 juin 1922, la profession émerge. En corollaire  immédiat, un arrêté du 14 septembre 1924, officialise un programme de 22mois de formation ; 43 écoles obtiennent l’agrément.

À l’heure actuelle, on retrouve encore cette problématique ancrée dans l’histoire des infirmiers, Ainsi les infirmiers d’encadrement, sapeurs-pompiers, « nouveaux accédants » à des fonctions d’encadrement au sein des SDIS, seront dénommés en 2000  « Infirmier d’encadrement » et non, cadre de santé. Alors qu’un amendement reçu, favorablement par le CSFPT, réclamait l’appellation « cadre de santé ». L’argument non dévoilé par les autorités de tutelles étant qu’un doute existait sur le processus de formation qui pouvait ne pas se dérouler dans la filière normée des Instituts de formation de cadres de santé, la tutelle n’ignorant pas la « coutume » pompiero-pompier. Fort est de constater l’importance d’une formation qualifiante, reconnue par les pairs, et donc par l’institution.

Un décret victime de guerre

Les infirmières diplômées, s’organisent, au sein de l’Association Nationale des Infirmières Diplômées d’Etat et demande aux pouvoirs publics, la création, d’un diplôme supérieur d’infirmière hospitalière. Un décret du 18 février 1938, officialise cette requête, qui ouvrait enfin à la profession la voie des responsabilités en matière d’encadrement et d’organisation des personnels soignants. Malheureusement, peu de temps après cette décision la deuxième guerre mondiale est déclarée elle entraîne avec elle, dans le cataclysme annoncé, le fruit de cette avancée, le décret ne fut pas appliqué. Néanmoins, un texte du 17 avril 1942, précise que des surveillants dirigent les infirmières et le personnel du service, brancardiers, dames de salle, ceci sous l’autorité du directeur de l’hôpital pour toutes les questions administratives et du médecin-chef de service pour les soins à donner aux malades.

Les conséquences de cet embrasement planétaire, de la violence sous toutes ses formes impliquées à l’être humain, des catastrophes  sanitaires infligées aux populations du monde en guerre, des atteintes aux  corps des combattants, déclenchèrent une prodigieuse avancée de la médecine, de la chirurgie, de l’anesthésie des techniques d’exploration, de la pharmacopée (utilisation des antibiotiques), et par conséquent des techniques de soins pour les infirmières. L’heure de la technique a sonné.

L’hôpital Hospice change de visage, il devient lieu de technicité où se côtoient de nouveaux métiers (aides-soignants, préparateurs en pharmacie, techniciens de laboratoire, manipulateurs en radiologie, etc.),   
La profession d’infirmière se transforme, s’approprie de nouvelles compétences en soins.

L’hyper technicité et ses exigences conduit les acteurs de l’époque à adopter un nouveau mode d’organisation du travail, le taylorisme. Le soin est axé sur l’organe atteint et la pathologie  qui en découle, la  profession d’infirmier s’adapte et instaure la dispensation en série des soins aux patients. Elle renforce cette conception du soin, en élaborant des supports (fiches de soins, procédures, planification), qui guident de façon normée l’activité des personnels soignants, pour l’exécution des prescriptions médicales et des « soins infirmiers » qui en découlent. L’ordre est régi par la règle, le management est de type directif, une hiérarchie professionnelle s’instaure autour de ces nouvelles valeurs.
La surveillante garante du bon fonctionnement du service, veille à l’application des tâches, et à la pérennisation de la règle.

Adieu, bac+3 :

Les années, cinquante marquèrent le devenir de la formation et de la fonction d’encadrement des personnels infirmiers hospitaliers, En effet deux courants d’idées  se sont « opposés», l’un prônant une formation des surveillants, orienté sur un versant administratif et un versant pédagogique, ceci au sein d’instituts non  rattachés à l’hôpital, en association avec d’autres professionnels.
 La proposition faite en 1951 par la Croix-Rouge et qui fut expérimentée avec l’aval des tutelles de l’époque, reçue l’opposition de l’ANFIDE. En effet, l’autre courant soutenu par l’ANFIDE souhaitait que la formation des personnels soignants et de ses surveillants se fasse exclusivement à partir de l’environnement hospitalier, craignant que ces instituts ne soient placés sous l’égide du Ministère de l’Education Nationale, plutôt que sous celle du Ministère de la Santé.
L’initiative de la Croix-Rouge fut reconnue et adoptée par les pouvoirs publics. En 1958, le Ministère de la Santé et de la population fait promulguer un décret relatif au Certificat d’aptitude aux fonctions d’infirmière surveillante et monitrice. En 1952, la Croix-Rouge Française ouvre la première Ecole de Cadres Infirmiers, à Paris.

Ironie du sort, les formations des infirmières, surveillants et  monitrices « échappait »à la tutelle du Ministère de l’éducation Nationale.
Les représentants de la profession, qui ont  lutté en  2009 pour  revendiquer  l’accès de la profession au cycle licence, master, doctorat, méditeront certainement sur les choix fait à l’époque…

 

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