ISP D'où viens tu ? Partie 9 epilogue

ISP D'où viens tu? De Versailles dans l'ombre au conseil des ministres de la république.
Partie 9:

TEMOIGNAGES DES PIONNIERS

1- Jean Claude Sczymanski, Infirmier en Chef SDIS 80 : Le Picard

J’ai exercé 20 années en milieu hospitalier comme infirmier, IADE, cadre IADE et FF de Directeur de soins infirmiers. Durant cette période, le travail en collaboration avec les sapeurs-pompiers dans le cadre du SMUR était quotidien. J’avais déjà envisagé d’intégrer le corps de sapeurs pompier mais à l’époque, il n’y avait pas la  possibilité d’y être intégré. Lorsqu’en 1997.lors d’une réunion à la DASS, le médecin chef du SDIS 80, le Dr Fullana, m’a informé de la vacance d’un poste d’infirmier «  principal » au SSSM du SDIS de la Somme. Après un entretien sur les missions du SSSM, celles qui me seront confiées, j’ai accepté de me présenter à la commission de recrutement puis engagé sur un poste d’infirmier territorial hors par voie de détachement. Ce choix  correspond à une volonté de participer activement au développement  du service de santé et de secours médical dans le cadre de la départementalisation. Dès mon arrivée dans le service, j’ai obtenu en face de notre secrétaire, un bureau, une chaise, pas d’ordinateur et peu de moyens logistique et financier !
Le médecin chef m’a dit : on compte sur toi pour participer au développement du Service et je vais te déléguer plusieurs missions. Ma fonction de cadre et mon expérience hospitalière m’ont permis d’analyser l’existant et donc de fixer les priorités avec le médecin chef. Le personnel du SSS était composé à mon arrivée en 1998, d’un médecin chef, une secrétaire, un infirmier, quelques volontaires et un budget quasiment inexistant.
 
Plusieurs priorités étaient fixées : l’hygiène, la médecine d’aptitude, l’équipement des VSAB, la formation….  Puis l’opérationnel VLI et soutien sanitaire. Il fallait ensuite convaincre le DDSIS, le DAF lors de réunions d’allouer un budget propre au SSSM tant en fonctionnement qu’en investissement, et bien sur, le justifier. Le budget hygiène a été obtenu après avoir fait des prélèvements  dans les VSAV pour prouver au DDSIS que les matériels réutilisables étaient contaminés. Après avoir expliqué les résultats obtenus sur le nombre de colonies par prélèvements, le budget a été obtenu rapidement pour équiper les casernements. La communication, l’explication, la justification des demandes et la mise en conformités par rapport aux textes législatifs, ont permis de crédibiliser les demandes du SSSM. Avant la départementalisation les sapeurs pompiers faisaient ce qu’ils pouvaient avec leurs connaissances et peu de moyens. Les visites dans les CS, la communication sur les missions du SSSM et les objectifs suivis ont permis de dédramatiser certaines situations.
Au début de ma prise de fonction ;, il n’y avait pas de PUI, pas de MMS , l’équipement des VSAV était disparate. Il était nécessaire de rationaliser l’équipement en fonction des NIT. Parallèlement, l’équipement progressif des VSAV avec 1  DSA et la mise en place de formations de quelques chefs d’agrès par CS a été mis en place puis généralisé sur tout le département. La médecine d’aptitude devait également s’organiser et se structurer. La négociation était indispensable pour obtenir des locaux par groupement, ainsi que  des logiciels  spécifiques de médecine d’aptitude, des matériaux d’examens, et choisir les supports des dossiers papiers à utiliser et les uniformiser. La participation au secours à personne s’est progressivement mise en place par la création de VLI. Le soutien sanitaire est désormais de plus en plus sollicité par le biais du déclenchement réflexe du CTA par les codes sinistres. Il faut un certains laps de temps pour changer les comportements humains.  
 
Nous avons été également sollicités à l’EDIS pour  diverses formations SAP. Bref, les journées semblaient très courtes pour aborder les différentes problématiques, mais en insistant grossièrement par moment, le SSSM a pu se structurer en fonction du contexte spécifique de chaque SDIS.
 
Aujourd’hui, le SSSM s’est organisé et structuré. Des personnels infirmiers, médecins et pharmaciens professionnels sont venus renforcer l’effectif. Nous pouvons également compter sur l’implication des personnels volontaires pour remplir les diverses missions du SSSM. Le service infirmier commence à trouver  sa légitimité auprès de nos collègues sapeurs pompier. La genèse du SSSM est relativement récente et notre identité professionnelle doit se renforcer au quotidien. La reconnaissance de l’officier de santé qu’est l’infirmier sera vraiment effective dès lors que nos grades seront les mêmes que nos collègues sapeurs pompiers .L’avenir du SSSM passe par la mise en place de démarches qualité, par l’analyse des pratiques professionnelles, la DPC, les publications des infirmiers, le développement de formations d’expertise infirmier dans le domaine de la santé pour aborder les mutations de l’avenir de notre profession.
 
2- Infirmier d’encadrement Christian PUGNAIRE, Infirmier en Chef SSSM 83 : La côte d’Azur :

Engagé en 1977 au CSP de Brignoles, sous préfecture du VAR qui outre les feux de forêts désastreux, était le théâtre de nombreux accidents de la circulation routière. A cette époque les limitations de vitesse ou les ceintures de sécurité n’existaient pas et d’Aix en Provence à Fréjus, aucune autoroute n’était construite. Conséquence, de très nombreuses victimes étaient a déplorer.

Afin de prendre en charge au mieux ces victimes le Médecin Chef  Charles PRIM et son adjoint Jean MONNIER avaient mis en place une médicalisation et ensuite une para-médicalisation des secours sapeurs pompiers dans le département. Ils avaient déjà en tête l’obligation de poser des bases législatives et règlementaires sur une telle organisation.

Dans les années 1980 après avoir obtenu mon DEI puis dans les  années 1990 mon DEIADE, j’ai participé aux prémices de la départementalisation des sapeurs pompiers en tant que Lieutenant de sapeur pompier volontaire. Etant membre du conseil d ‘administration de l’Union Départementale j’avais été désigné référent de mon département pour suivre la genèse des textes en préparation dans le domaine de la santé et des secours. Nombre de réunions ont eu lieu au travers de la France, tantôt encourageantes, tantôt décevantes, mais sûr de nos idées le groupe de sapeurs pompiers infirmiers que nous formions a toujours combattu avec pugnacité. Comme bien souvent c’est un travail de proximité qui a permis de gagner la confiance de notre propre encadrement, fébrile de devoir engager des personnels diplômés mais pas toujours bien intégrés dans notre organisation.  

L’évolution du Médecin sapeur pompier ne pouvait avoir lieu qu’au travers d’un service organisé intégrant des professionnels de santé, complémentaires dans leurs compétences.

Les incendies de 1970, 1979, 1985, 1990 (années marqués par de terribles drames) ont malheureusement démontrés que beaucoup trop de sapeurs pompiers payaient de leur vie, leur engagement.
Il était donc impératif de mettre en place bien plus qu’un simple renfort de personnels aussi compétents que motivés, il fallait construire une structure sanitaire. Un service de santé organisé, auprès du Directeur Départemental, une stratégie supprimant ou limitant les risques inhérents aux missions sapeurs pompiers était la meilleure réponse. Ses missions certes multiples ne devaient avoir qu’un point de mire : le soutien sanitaire aux opérations
Le Soutien Sanitaire aux Opérations doit être l’objectif absolu des SSSM. Nos collègues Sapeurs Pompiers doivent revenir de missions en aussi bonne santé physique et psychologique que possible. Là est notre rôle essentiel.

Aujourd’hui il reste encore beaucoup de pages à écrire, et l’évolution de la société entraîne obligatoirement une adaptation permanente de notre organisation.

3- Dominique  Morincome, SDIS  40   : A l’ombre des pins des Landes, le Béret Basque
 
J'ai commencé à connaître les SP à Brignoles mais là, il n'y avait pas d'infirmiers, sauf à l'infirmerie et encore.
Puis ce fut l'aventure de l'Ecole de cadres de Pau, avec notre sujet de mémoire à Lionel et moi-même.
Certes, je débroussaillais un terrain que vous aviez déjà ouvert, très maladroitement, car il ne m'a pas été possible de rentrer dans un centre de secours à ce moment-là.
Un petit nobliau-médecin local préférait alors les infirmières demoiselles ... il en est de même aujourd'hui. L'intervention du CIS de mon village est toujours "réservée" à ces dames, Il n'a jamais accepté d'infirmier mâle. Certainement pour ne pas être femme... m'a t-on dit de source sûre.
 
Quand, un jour de 1998 enfin Bertrand Puyfaucon ISP de chefferie (viré très vite brutalement par un Président-de SDIS-Tout puissant) avec notre ami C. Lembeye m'a demandé de faire partie du service santé des SP des Landes, en acceptant je ne savais pas que cela allait être le début d'une grande aventure, certes oui. Mais, j'ai humblement commencé par des visites d'aptitude.
Puis, un jour une officier (qui à déjà quitté les SP me semble t'il ?) venue d'un département 'extérieur m'a demandé de partir sur un feu de forêt en soutien sanitaire. Je n'avais même pas d'uniforme ! Je suis allé au magasin et là : un gentil pompier des Landes, m'a fait choisir dans un carton un vieux pantalon, une veste F1 et une paire de bottes usagées, le tout sentant très fort le gazole .... Le neuf ne nous était pas réservé. Et je n'avais jamais passé la porte du magasin pour avoir un tel privilège ...
C’était, en effet le début de cette merveilleuse aventure.
 
Heureusement que j'étais un peu initié à la santé publique et j'ai ainsi grâce à cet ausweis, l'aventure c'est commencée via le DIU des SSSM par l'Université de Bordeaux 2.
Il y a eu les mémoires des médecins, puis les infirmiers sont arrivés, puis l'EAD ...puis et nous voilà à aujourd'hui.
Il faut parler un peu de Patrice REUNGOAT croisé dans cette aventure que j'ai vu un jour partir en vrille ... peut-être contribué à rattraper un peu mais cela n'a pas suffit à le retenir vers l'irréparable un matin de garde dans son centre de secours. Nous l'avons accompagné jusqu'en terre Bretonne.
Je n'ai pas voulu que ce geste soit passé dans l'histoire. Et j'ai écrit à ce moment à la MNSP pour engager une démarche d'évaluation et de prévention. Plus d'un an de travail, un rapport, des recommandations ... puis plus rien ! Stop ! Au pays des héros on ne meurt pas comme cela !
 
Pour les ISP ? Oui, sitôt professionnel j'ai essayé contre vents et marées, chez moi d'organiser une partie du SSSM en souhaitant créer un "service infirmier". Que de coups reçus, souvent bas, et dans le dos. Violents et sans manières.
Mais peu à peu une équipe semble se former, toujours fragile.
 
Puis, effectivement une cooptation au GTI de la FNSPF m'a permis de pouvoir suivre les dossiers nationaux en cours et tenter de présenter un travail sur les entretiens infirmiers.
D'autres le relayent très bien, appuyés par des volontés et des moyens.
Mais mon travail reste bien humble.
Tout comme dans l'UD où j'ai été élu, deux fois, grande " UNION" ! Tiraillé par des querelles d'égo et de pouvoir. Je m'en suis mis en retrait ayant d'autres chats à fouetter.
Il y a peu encore le SNSPP m'a demandé par la voie de Christian de travailler sur la qualité de vie en service : autre grande aventure : en avant !

Etc.
 
Je passe l'aventure de l'ENSOSP ou il y a tellement de travail à faire, mais retenu par ma famille, je vois à ce jour mes camarades y vivre plus ou moins bien de loin.
Membre de l'ANISP : oui, un énorme travail fait par ses confrères, mais le peu d'expérience de terrain dans ce coin rural sympa de France, ne me permet pas d'apporter de grosses pierres à cet édifice dont tu parles.
 
Sauf, qu'aujourd'hui, je crois que nous payons le poids du passé : non seulement l'image des nonnes à cornettes (qui se sont bien dévouées il faut le souligner), mais nous payons un héritage bien difficile à régler : l'allégeance au pouvoir médical. Pas trop dans les SDIS mais surtout à l'hôpital. Pas mal d'ISP sont également IDE dans cet établissement que l'on dit "de soins" ou il y a plus de traitement, bien systématiques que de réels "soins" individualisé. Nos confrères et consœurs singent trop le carabin et méconnaissent la valeur et l'éventail des possibilités du soin. Ils en alourdissent les  prises en charge dans les SDIS en ne venant, pour la plupart que pour le "VSAV" ..; Graal ultime ou ils semblent "servir à quelque chose" (voir leur CV et lettres de motivation) ! !!
 
Je pense que les SSSM des SDIS aujourd'hui sont le terreau d'une autre forme de prise en charge, d'autres horizons d'intervention et de formation.
Les missions, pourraient être exaltantes...
Las !
Quelques médecin-chefs tirent leur monde vers le bas, perdus, serviles, incapable d'ouverture d'esprit et peut être de courage ... pendant que d'autres organisent, évaluent, construisent ... en bien sûr beaucoup d'autres observent ...
 
Mais, n'allons pas chercher des mauvais objets loin de nous. Ne regardons que nous mêmes : attention, certains d'entre nous vont trop vite. Certes ils ont des pratiques et des services apparemment avancés. Mais attention, la base suit-elle ? Les ISP comprennent-ils les enjeux ?
Pourquoi aller chercher tout de suite des grades à 4 voire 5 barrettes alors que nos confrères et consœurs sont souvent l'objet de mise à l'écart, de réflexions, de brimades ...
Confortons tout d'abord ce que nous avons : les ISP Volontaires avec des fiches de tâche ou de postes solides et reproductibles, des PISU basés sur des mêmes recommandations, des protocoles d'aptitude et de soutien sanitaires identiques... d'un coin à l'autre de France et de Navarre.
 
Puis, grâce à nos compétences faisons évoluer la profession d'infirmière radicalement : demandons une révision des décrets professionnels, passons à 4 années d'études comme chez nos voisins Espagnols dont je fréquente l'Association des Service de santé depuis 2 ans. Montrons nos pratiques, démontrons nos savoir-faire (l'ANISP en est le fer de lance) ! Usons les semelles de patientes et petites souris d’ISP fréquentant les salons des ministères ...
 
Oui il y a des zones d'espoir mais il faut faire vite car je sens une dégradation des secours d'un point à l'autre de notre hexagone.
Restons cohérents, pertinents et unis.
Ni la fédé, ni l'Anisp, ni l'Anamnésis, ni des pharmaciens mêmes très policés, ni X... ni Y n'y feront rien tout seuls
 
Tout cela remet bien en question, comme le préconisait Michel SERRE samedi dernier dans un coin d'un village landais : il faut changer les instituions, la société en a une soif intense. C'est beaucoup de chose d'un seul coup dans un univers SP et médical très conservateur et soucieux d'une paix ambiante totale.
Tout va bien qu'on nous répète.
 
Restons vigilants.
Travaillons, travaillons,

4- Patrick Miniconi, SDIS de Corse : DANS L’ILE DE BEAUTE

Patrick est recruté en 1992, en qualité de sapeur-pompier professionnel de deuxième classe, le directeur départemental motive son recrutement sur le fait qu’il soit infirmier diplômé d’Etat. L’objectif étant de l’employer dans le cadre de cette spécialité au bénéfice du service.

Sur le continent, il effectue sa formation initiale de SPP, quatre mois, Un capitaine de sapeurs-pompiers professionnel, docteur en médecine, lui fait cours sur les modules secourisme et assistance médicale. Le projet d’un statut de médecin professionnel et évoqué. Le médecin fait d’ailleurs remarquer que celui de l’infirmier devrait être envisagé, pour qu’il puisse agir dans un cadre réglementaire. Patrick croit comprendre que ce statut doit voir le jour rapidement.

À son retour sur l’Ile de beauté, il est affecté a la direction départementale en qualité d’opérateur au CODIS, en dehors de ses vacations au CODIS, on lui confie en accord avec le médecin-chef la gestion des dossiers médicaux des SPP, SPV et des JSP ; Le mercredi et le vendredi, il participe aux visites médicales avec le médecin chef adjoint et les médecins du corps. Le sapeur-pompier infirmier se voit alors impliqué progressivement dans la gestion des équipements médicaux secouristes du SDIS, et très vite on lui propose de mettre en place des mesures d’hygiène à destination des VSAB, ce qu’il engage en partenariat avec l’hôpital D’Ajaccio.
En dehors de ses gardes au CODIS, le médecin chef en accord avec le commandement, l’engage sur les missions «  d’assistance médicale », sur des feux  en zone urbaine principalement sur le secteur d’Ajaccio, et parfois sur le département. En saison estivale, ce pompier professionnel « spécialiste »est  tout naturellement détaché comme « infirmier » dans le groupe des pionniers feux de forêt et s’active en « soutien sanitaire ». Patrick intervient en véhicule léger ou en VTP avec les collègues engagés et même en hélico. dispose d’un sac « infirmier »et quand l’urgence se présente et s’il faut perfuser, il demande l’accord, qu’il obtient ou n’obtient pas, au médecin SP par radio ou par téléphone. Pour les apports énergétiques et hydriques, Patrick, l’organise au café du coin ou de campagne, et remercie pour ses dons en confection de sandwich la population locale, qui refuse de voir ses pompiers mourir de soif. Le système « D » fonctionne à plein.
Cerise sur le gâteau, le sapeur-pompier de deuxième classe infirmier, est engagée en mission humanitaire en ex-Yougoslavie organisé par le conseil général et le SDIS de Corse-du-Sud ;
Patrick, attendra x temps pour devenir enfin à un ISP ;

5- Jean Claude Cordeau, SDIS 74:

MICHEL DELPECH EN A FAIT UNE CHANSON.

Dans le Loir et Cher, nous sommes en 1989,il est minuit passé lorsque a la sortie d’un village en bord de Loire, une voiture avec 5 personnes à bord quitte la route qui est mouillée pour aller s’encastrer dans les flancs d’un lavoir après avoir fait un tonneau.  
La voiture s’arrête sur le toit. Le choc a été très violent. Un choc à cinétique élevée dirions-nous maintenant. Mais les conséquences sont néanmoins identiques… Le poteau de soutènement de la toiture du lavoir ayant été sectionné, la charpente et les tuiles recouvrent le véhicule en partie dans l’eau du lavoir.
L’équipage du VSAV est alerté par le «  BIP » qui a déjà remplacé la traditionnelle sirène. Tous sont volontaires et rejoignent le CS.  
Deux au pas de course, ils habitent tout prêt, le troisième en voiture, il vient de plus loin.

Les portières du VSAB, un J7 Peugeot, claquent, la porte de la remise qui n’est pas électrique est ouverte à grand fracas et le véhicule rouge avec son unique gyrophare part dans la nuit humide.
Nul doute que les habitants à proximité du centre de secours ont été réveillés par ce bruyant départ de nuit. Ils en a l’habitude, l’accepte et en éprouve même de la fierté  du respect. Ils les connaissent tous ces sapeurs-pompiers…Leurs sapeurs-pompiers.

Arrivés sur les lieux, très vite des renforts sont  demandés devant l’importance du sinistre dont une équipe du SMUR situé a une trentaine de kilomètres. Il est difficile à l’équipage de déterminer exactement le nombre de victimes, trois, quatre ou cinq. Les corps sont enchevêtrés et l’accès est très difficile.
Les minutes paraissent interminables aux trois premiers sapeurs- pompiers dont l’un est un jeune infirmier dans la vie civile. Les gestes de secourisme sont réalisées mais deux victimes sont déjà  en état de mort apparente. Le VSAB ne possède pas de matériel médical.  
Il faut attendre le SMUR. Arrivé sur les lieux le médecin du SMUR fait un bilan notamment auprès du sapeur-pompier qui a réussi à se glisser en partie dans l’habitacle écrasé.

Le bilan fait alors état, de trois personnes décédées et de deux personnes  blessés gravement. Tout naturellement un travail de collaboration s’installe entre ce sapeur-pompier « infirmier » et l’équipe médicale. Devant l’exiguïté, du chantier et le danger potentiel inhérent à l’instabilité de la structure, Jean-Claude, ce sapeur-pompier atypique sera les yeux et les mains du médecin du SMUR. Cette collaboration se déroule bien avant la reconnaissance officielle du statut des infirmiers de sapeurs-pompiers volontaires.  
Le transport à l’hôpital, plus de deux heures plus tard, se fera là encore en étroite collaboration entre le SMUR et ce « pompier infirmier ».

LA HAUT SUR LA MONTAGNE

Haute -Savoie, 1996, en début de soirée, l’équipage du VSAB est alerté par BIP pour une personne en détresse respiratoire. L’intervention se situe dans  un centre de vacances pour adolescents.
Au  centre de secours, il y a deux sapeurs-pompiers volontaires qui exercent la profession d’infirmier dans le service des urgences et du SMUR de l’hôpital de proximité situé a 20 kilomètres de la commune.  
L’un des deux est cette nuit-là d’astreinte VSAB, en qualité d’équipier. Bien qu’aucune réglementation ne le permette, ces deux infirmiers possèdent un lot de matériel de perfusion et quelques médicaments d’urgences.
Sur place ; ils trouvent une jeune fille de 14 ans dans un dortoir d’une vingtaine de lits superposés. Elle est agitée, ne peut pas parler, émet des sifflements en respirant. On signale aux pompiers qu’elle est asthmatique et qu’elle a déjà utilisé plusieurs fois son inhalateur. Le sapeur-pompier « infirmier » demande à ses collègues de faire sortir les autres enfants restés dans le dortoir dont la hauteur des lits et le faible éclairage lui donne un aspect  encore plus oppressant.
L’infirmier réalise un bilan et se rend bien vite compte de l’urgence de la situation. Même si le SMUR est en route, chaque seconde compte car l’issue fatale avec ce genre de pathologie non ou tardivement traitée est majeure, Immédiatement l’obus d’oxygène est amené auprès de la victime et un aérosol médicamenteux est préparé et mis en place.  
Quinze minutes s’écoulent et le SMUR se présente sur les lieux. En pénétrant dans la chambrée le médecin et l’infirmière reconnaissant l’infirmier le  salue, il travaille lui aussi au SMUR ; Ensemble ils font le point, ils interrogent la jeune fille qui peut de nouveau parler et respirer plus efficacement. Après une auscultation et un  
Deuxième aérosol, le médecin  dit  à Jean-Claude, le sapeur-pompier   
Infirmier, le danger est passé «,’ je te laisse l’accompagner aux urgences, tu connais le chemin … Et au fait, tu as lui certes sauvé la vie… » .L’équipage du VSAB confiera la jeune fille aux soins des infirmières de nuit du service des urgences et retrouvera le médecin et l’infirmière du SMUR autour d’un café dans la salle de repos des urgences, sans traîner, Jean-Claude est de garde au SMUR  ce matin.

6- Odile Delouard , SDIS62 : Un Sacerdoce au pays de Mahaut d’Artois

Infirmière libérale depuis 1981, la question de devenir sapeur pompier ne m'était jamais venue à l'esprit. le capitaine Jean-Louis Talleux et le médecin commandant Christian Lefebvre étaient bien venus me solliciter mais le décès de mon frère dans un accident de la route me faisait craindre une totale panique en arrivant sur intervention. Un grave accident de la route avec deux blessés graves incarcérés s'est produit devant ma porte de maison en février 1992. Le docteur Lefebvre envoya un témoin me chercher pour l'aider. Ce fut le déclic.
Pas de panique,  un plus pour les victimes prises en charge en attente d'un SMUR,  qui sur Hesdin peut mettre environ 30mn pour arriver. Le lendemain je rencontre Monsieur Talleux pour connaître  les modalités d'intégration chez les sp. A l'époque pas de protocoles : juste de la bonne volonté pour être utile auprès des victimes,  un peu de matériel pour mettre en place un accès veineux un scope. Tout ceci après bilan au médecin régulateur du centre 15. A l'appel téléphonique du centre de secours de Hesdin je partais avec ma propre voiture équipée d'un Giro et d'un deux tons pour aider les victimes et apporter un conseil aux sapeurs-pompiers  déjà présents. Ce fut le début de l'aventure de la création des ISP : l'aire DESCHIN, la remise de nos insignes à Liévin,  les formations à l'école départementale avec nos ISP pro, médecins pro et aussi des médecins extérieurs du SAMU en autre.
Des protocoles sont mis en place mais ils ne sont mis en place sur intervention qu'après accord du 15 : beau progrès, protocoles arrêt, hypoglycémie....début d'un élan de bonne volonté, d’une ambiance chaleureuse, d'une franche camaraderie, avec la sensation mesurée d'appartenir à une famille que l'on avait choisie: moi je suis du CS  Hesdin donc une bonne intégration dans les équipes.
Pendant cette période la locomotive était bien en marche .les ISP  avaient une aide précieuse à apporter à l'équipe VSAB, conseiller technique mais aussi quatrième paire de bras de l'équipe. Belle épopée, sourire pour tous, les inters qui allaient bien mais aussi traumatismes pour les drames : jeunes décédés sur nos routes, suicide mais le fort  psychique prend le dessus et l'on repart.
Cette époque c'était des heures d’astreinte, des déclenchements même si  l’on  n’était pas de garde mais c'était utile, gratifiant.
Ces protocoles rendaient bien des services .La prise en charge précoce et pré hospitalière prenait vraiment un sens. Dans notre campagne Hesdinoise le maillage infirmier est très important : un SMUR venant de Rang du Fliers met en moyenne 15mn  en début de secteur et 45 mn  en fin de secteur s’il est disponible.
Petit à petit d'autres protocoles ont vu le jour. Puis ce sont des protocoles signés par le médecin chef que nous mettons en place pour nos victimes juste en informant le SAMU. Actuellement nous sommes des ISP  départementalisés,  nous ne nous connaissons plus sauf un noyau d'anciens ou alors des nouveaux que l'on rencontre en réunions ou en formations. J'espère que tous ces ISP  sauront préserver, promouvoir ce bel élan crée.
  Je suis fière d'appartenir à cette famille des sapeurs-pompiers.

 7 -  Jacques Bourgois , SDIS 62 , Terre des 2 Caps au Pays d’Opale

Un travail de  l’ombre pour  Jean-Pierre Deschin et le Statut Infirmier SP :
Un travail de l’ombre pour une reconnaissance Infirmière :

1986, quelques mois après avoir obtenu  mon Diplôme d’Etat d’Infirmier, je suis arrêté sur la route par un accident de la circulation. Après avoir alerté les secours, je suis alors le témoin de leur intervention secouriste et m’interroge sur la possibilité qu’aurait un Infirmier à exercer à leur côté.
Le temps passe, ma réflexion s’affine et je saute le pas en m’informant auprès d’un Sapeur-Pompier du Centre de Secours de Marquise que je soignais dans l’établissement hospitalier où je travaillais .Il me conforte dans mon choix et s’est ainsi que je franchis la porte pour la première fois d’un centre de secours pour y être affecté en octobre 1986 en qualité de Sapeur-pompier volontaire.
      Le chef de centre, Lieutenant à l’époque et maintenant Lieutenant-Colonel Volontaire, m’informe de mes devoirs et obligations de formation de base et me confirme qu’il me faudra participer à toutes les missions même si je suis Infirmier. J’ai une année pour me former au secourisme, à la formation Incendie et au secours routier.

Mes premières gardes arrivent et s’est ainsi que pour me mettre dans l’ambiance, je suis affecté, lors d’une inondation à la surveillance d’une motopompe d’épuisement une bonne partie de la nuit, dans une cour de ferme, et à me demander ce que je fais là !  
Mon arrivée au centre de secours est regardée avec curiosité, mais aussi un brin de suspicion sur mes actions à venir : que vient faire un Infirmier dans nos rangs, si ce n’est pour nous prendre notre activité !
1987 : je quitte mon emploi d’Infirmier en clinique pour exercer au sein du service médical du Tunnel sous la Manche qui recrute en vue de la construction de ce fameux Tunnel !
Un fabuleux virage dans ma vie professionnelle vient d’être pris et allait être l’occasion de nombreuses et importantes  rencontres.
Le chantier du Tunnel, qualifié de chantier du siècle était l’endroit des années 1990 où il fallait se rendre, en particuliers pour les dirigeants politiques locaux et nationaux.
Mais quel est le rapport avec Jean-Pierre Deschin ?
C’est au cours d’une visite du Président de la République et de la préparation de celle-ci que j’ai, pour la première fois rencontré  Jean-Pierre Deschin.
Très rapidement nous avons trouvé des points communs de discussions, en particulier que nous étions tous deux Sapeur-Pompier Volontaire avec un Diplôme d’Etat d’Infirmier.
Après échanges de points de vue, nous décidons de nous revoir : c’était le début d’une longue aventure qui dure encore aujourd’hui.
Rapidement nos rencontres mettaient en avant la nécessité d’une reconnaissance de notre action et de notre profession, mais c’était sans compter sur les réticences essentiellement corporatistes. Seuls à l’époque étaient essentiellement reconnus les médecins qui participaient alors à l’aptitude des personnels Sapeurs-Pompiers. L’arrivée de nouveaux professionnels de santé secouait alors quelques domaines réservés et éclairait d’une autre façon l’action de prise en charge des victimes dans le prompt secours. L’Infirmier abordait alors la victime à bord du VSAB armé de son seul décret professionnel muni du seul article 13, mettant alors en œuvre des actions de soins, encouragées à l’époque par les équipes de SMUR locales, car ces actions permettaient une prise en charge précoce des victimes secourues.

Rapidement nous avons perçu avec Jean Pierre la nécessité de travailler ensemble, mais  aussi de travailler dans l’ombre, tout en approchant les  instances utiles à notre reconnaissance.
Localement, par ma fonction au Tunnel, je rencontrais de nombreuses personnalités au travers desquelles des messages pouvaient passer lorsque, en particulier,  je faisais visiter le chantier tant à des élus, qu’à des officiers de Sapeurs- Pompiers de mon département et hors département à qui j’avais alors la possibilité de présenter le rôle et la fonction d’un Infirmier D.E. éventuellement utile pour les Sapeurs- Pompiers.
Ce fut ainsi l’occasion de rencontrer Michel Debove (alors Lieutenant, mon chef de centre), le Colonel Louis Dutertre et le Colonel Régis Hornoy, Inspecteur Adjoint Départemental à l’époque qui seront ensuite mes chefs de groupements respectifs, mais aussi le Colonel Alain Anselin, alors Directeur Départemental de la Somme qui sera ensuite mon Directeur Départemental. Ils furent tous à l’origine de notre reconnaissance statutaire dans notre département du Pas de Calais.
Jean-Pierre Deschin, par ses fonctions de chef de centre, mais aussi de cadre de Santé au SAMU 62, avait également ses contacts locaux, tant Syndicaux que Sapeurs-Pompiers.
La stratégie adoptée à l’époque, était celle de l’ombre et du cloisonnement : nous appliquions une technique de Résistance !
C’est ainsi que dans l’ombre, je me suis vu confier par Jean-Pierre certaines tâches, comme la mise en place  d’une base de données d’Infirmiers Coordinateurs de tous les départements de France .Ce travail devait permettre l’échange d’idées et de mise en place d’actions. Ce travail était long car il n’y avait pas encore ni portable, ni Internet et c’était avant tout un travail de prospection et de « petits pas », l’un connaissant l’autre etc. …..
C’est ainsi que je fournis à Jean Pierre Deschin un document de base géographique , qui allait lui servir pour lancer des idées fortes d’actions dans chacun des départements où nous avions un représentant ; c’était aussi l’occasion pour ces derniers de nous faire remonter les difficultés rencontrées .
Dans l’ombre toujours, il m’arrivait de lire et d’argumenter  tel ou tel texte de travail en vue du décret de 1997 avec toutes les déconvenues et les déceptions de changements de ministres, d’abrogations d’articles etc. …
C’était aussi l’occasion de tester des procédures, des actions Infirmières de secours comme le Soutien Sanitaire, les plans hygiène, le rôle d’un Infirmier de secteur Géographique, le futur Infirmier de Groupement, tout cela sans textes réels ni reconnaissances d’existence professionnelle !
Rapidement nous avons rencontré des déconvenues, en particulier lorsque des textes qui  allaient sortir, étaient « sabordés » par des «  fuites » diverses. Un cloisonnement rapide de nos actions à mener tant localement que de portée nationale fut alors mis en place.
Jean –Pierre , avec Claude Gonzales, Denis Munsch , Christian Lambeye , puis Vincent Dubrous, s’occupaient de la « haute » stratégie , et localement nous nous occupions des actions de terrain, tant pour la mise en application des actions à mener que des informations à faire remonter sur la perception des missions effectuées .

Quelle période  compliqué mais « exaltante »   !!!

Du Pas de Calais à Versailles, de Nantes à Macon, Tours, Bordeaux, Strasbourg , etc. partout je suis allé aux côtés de Jean-Pierre Deschin occuper le terrain pour présenter tel outil de travail ou tel dossier, ou répondre à la presse comme à Nantes, où, pour la première fois j’avais expliqué au journal télévisé régional les fonctions d’un Infirmier Sapeur-Pompier, alors que nous n’existions pas !
C’est par ces actions que nous sommes entrés dans la lumière et publiquement  pour la première fois au « Pays du Roi Soleil » à  Versailles à l’invitation du Président de la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France, le Colonel Bernard Janvier qui avait souhaité organiser une table ronde « d’auxiliaires Sanitaires et de Professionnels de Santé ».
Jean Pierre Deschin m’a donc confié la mission de présenter l’action menée par un Infirmier au sein d’un centre de secours. Pour me soutenir dans cette mission j’avais dans le public le Médecin-Colonel Jean Décatoire, grand défenseur des Infirmiers Sapeur- Pompiers.
Je ne peux oublier ce jour, où, dans une salle annexe remplie d’un auditoire favorable mais aussi hostile,  alors que j’avais entamé ma présentation, le Président Bernard Janvier en personne est venu s’assoir au premier rang pour écouter mon exposé et les diverses questions favorables ou défavorables  qui ont suivi. Il a apporté ses observations, et à la teneur de ses propos, je percevais son attachement à une reconnaissance statutaire de notre fonction. Dans cette ville chargée d’histoire, celle-ci s’écrivait pour notre devenir.
Les textes étaient étudiés par les groupes de travail, nous allions d’espoir en déconvenues, au rythme des aléas politiques, des navettes parlementaires, des bleus de Matignon, des humeurs et des pressions des hobbies.
Tout cela ne m’empêchait pas de poursuivre mes missions en interne au niveau de mon centre de secours et da participer avec mes collègues SP à la mise en place d’actions locales, en particulier pour le matériel à bord des VSAB, pour le suivi des visites médicales, pour la formation des personnels du centre de secours. Bien entendu n’ayant pas de statut particulier, je continuais à assurer toutes les missions d’un Sapeurs-Pompiers, du nid de guêpes à l’incendie, en passant par la désincarcération. Ce furent autant d’expériences enrichissantes qui me seront utiles plus tard , lorsque nos statuts sortiront et que je serai recruté comme professionnel , apportant ainsi une forme de « légitimité » et de reconnaissance par les Sapeurs-Pompiers en général .  
Mais toujours j’étais en contact avec Jean-Pierre Deschin et à ses côtés de façon officielle lorsque le médecin-chef de l’époque, le Dr Gérard Laurent informa mon chef de centre que :
«  La Fédération Nationale nous demande, par courrier, de bien vouloir désigner un Paramédical Sapeur-pompier et lui définit un certain nombre de missions. Par arrêté conjoint du Préfet et du Président du conseil Général du 13 septembre 1990, le Lieutenant Deschin, Cadre Infirmier a été désigné en qualité de conseiller Technique au SSSM du SDIS 62.
Toutefois, la tâche est importante et je sollicite qu’il puisse être aidé par le Caporal-Chef Jacques Bourgois, Infirmier DE, dans la réalisation de ces tâches en devenant son collaborateur, tout en restant attaché au centre de secours Marquise »
C’est ainsi que je devins après accord de mon chef de centre, « l’adjoint » de Jean-Pierre Deschin, de façon officielle le 28 octobre 1991.  
Cette mission fut exaltante puisque nous participions à la création d’un nouveau « métier » , celui d’Infirmier de Sapeurs-Pompiers , et que nous mettions en application dans notre département les idées développées à l’échelon National.
Tout au long de ces années de volontariat, comme mes autres collègues des autres départements de France, je menais mes missions de SPV, au service des populations avec les joies et les drames de la vie quotidienne, en particulier lorsqu’il m’arrivait d’annoncer le décès de jeunes accidentés de la route, accompagnant les gendarmes et l’officier de garde, car  «  j’étais Infirmier » et formé à cela comme ils me disaient. Mais à chaque fois cela laissait  aussi un sentiment de solitude de porter la souffrance de l’autre, des parents, et aussi celle de ceux qui m’accompagnaient et me laissaient faire ces redoutables « annonces ». En même temps, notre profession d’Infirmier était aussi adaptée à cette « mission » d’accompagnement   et de relation d’aide.
Ce long travail volontaire au quotidien, tant au niveau local qu’à l’échelon départemental allait être récompensé à Noël  1997 avec la sortie des textes tant attendus, le 12 décembre.
Entre temps, de nombreux kilomètres avaient été parcourus, à chaque fois il nous fallait convaincre, et présenter nos actions sur le terrain et ainsi être crédibles.
1997, fut donc l’année de mon recrutement en qualité d’Infirmier de Groupement Territorial, affecté sur le secteur côtier.
J’étais le premier « pro » recruté après Jean Pierre Deschin au niveau de mon SDIS
Une de mes premières missions fut de mettre en place le Véhicule Santé Prévention, concept novateur à l’époque puisqu’il était le premier modèle du genre en France. Il me fallait aussi organiser les Visites Médicales d’aptitude des centres de secours.
J’avais une tâche difficile, la perception de la médecine d’aptitude et de prévention était réduite à une médecine »sanction ». Il a fallu s’adapter, visites avec planning modulables, visites médicales nocturnes, visites médicales annulées parce que les personnels en avaient décidés ou étaient en récup ou au sport etc. …..
Petit à petit, les éléments du puzzle se sont mis en place et bientôt les journées étaient bien remplies, non seulement pour l’aptitude, mais aussi pour l’opérationnel, le soutien sanitaire, la logistique, le  CODIS.
Pour cette mission CODIS,  les événements allaient nous être favorables.
En effet, le Préfet de l’époque, ancien Directeur de la Sécurité Civile, a été confronté à l’évacuation d’un stock de bombes de nature chimique datant de la première guerre mondiale. Le transport de ce stock nécessitait l’évacuation de plusieurs milliers de personnes, de plusieurs villes et villages, durant plusieurs jours. C’est ainsi que je fus appelé au CODIS par Jean Pierre Deschin pour travailler avec mon chef de groupement sur la gestion de moyens sanitaires engagés.
C’était la première fois qu’un Infirmier assurait une permanence opérationnelle au CODIS ; Ce concept sera repris et développé bien plus tard.
Depuis, la fonction d’Infirmier de Sapeur-Pompier tant professionnel que volontaire s’est développé au niveau local et national, en particulier dans les différentes missions proposées.
Les  formations, m’ont permis  en particulier d’accéder à un poste d’Encadrement, où j’ai eu plaisir à retrouver lors de de celles-ci des ISPP très motivés, de grandes valeurs. J’ai été fier et heureux de partager ces longs mois de formation à leurs côtés.
Le plus difficile reste encore et toujours de devoir justifier en permanence de son statut, de son existence et de faire face aux pressions des lobbies de toute nature.
Mais c’est ainsi,
C’est ce qui fait la richesse de ce combat,
C’est ce qui rend plus fort chaque jour,
C’est ce qui permet d’avancer pour vivre de riches moments avec mes autres collègues Sapeurs-Pompiers sur le terrain,
Beaucoup reste encore à écrire, et à décrire, en particulier sur les difficultés du quotidien.
C’est avec grand plaisir que j’ai collaboré à ce travail de recherches historiques sur la fonction Infirmière ; ce travail démontre la place centrale tenue par  l’Infirmier au cœur d’un dispositif de secours quel qu’il soit depuis l’existence de cette profession malheureusement méconnue et perçue comme dévouée et corvéable à merci.  
Je suis fier et honoré de pouvoir participer à cette belle aventure humaine au service de l’Autre et d’avoir pu rencontrer et côtoyer des personnalités de grande valeur comme celle représentée par Jean Pierre Deschin

8 - Thierry Gras, SDIS 11 : Au pays des Cathares

Un petit matin calme. Un petit matin de printemps calme et ensoleillé que ce mardi 21 mai 1991. Par la fenêtre grande ouverte, l’air doux me porte le gazouillis des oiseaux.
Il est 6 h 52, je suis en repos mais je me suis levé de bonne heure, l’habitude du réveil aux aurores pour l’embauche à l’hôpital à 6 h 30 …..
Je bois mon café en prenant soin de ne pas faire de bruit et de ne pas réveiller la maisonnée encore endormie.

Soudain le mugissement de la sirène me sort de ma somnolence. Une seule modulation. Il s’agit d’une sortie VSAB (comme on appelait nos ambulances en ce temps-là).

Dans ma petite commune de 3000 habitants, une équipe de nuit assure l’astreinte au « bip » de 20 h à 6 h, en dehors de ces heures-là, les appels de la sirène rythment la vie du village et sont, à chaque fois, source d’un émoi populaire.
Le centre de secours comprend une trentaine de volontaires, des employés de mairie, des artisans, des commerçants, des libéraux,…..la palette est large. J’y ai été recruté en 1980, à l’âge de 16 ans. Réalisation d’un rêve d’adolescent qui trouvait là un sens à donner au quotidien. Rapidement le monitorat de secourisme (appellation d’époque) est devenu pour moi une évidence pour répondre au besoin local.
 Ensuite, la conjoncture sur ce centre a voulu que je franchisse les paliers d’accession aux différents grades pour être, en cette année 1991, en cours de formation aux fonctions d’officier de sapeur-pompier volontaire….je n’en ai aucun mérite, mes collègues plus âgés que moi boudaient les stages et préféraient la pratique locale à la théorie dans une école départementale….  J’occupais alors la fonction de responsable de garde, tout en étant très polyvalent comme l’exigeait le fonctionnement d’un centre rural.
C’est entre temps que tout s’est compliqué, lorsque je me suis lancé dans les études pour devenir infirmier et lorsque j’ai obtenu le DE en juin 1986.
Très rapidement est apparu un engouement de la part de mes collègues SP pour afficher cette nouvelle fonction qui n’existait que dans leur quotidien « on a un Infirmier !». Pour la petite histoire, je dois avouer que l’accueil des médecins du centre était plus réservé pour certains mais que celui des intervenants du SAMU (mes collègues de travail) était enthousiaste….jeu pervers entre des sphères de pouvoir ?
J’ai maintenant le sentiment d’avoir vécu en ces temps-là,  en miniature, ce que l’on a pu vivre parfois à une autre échelle….y compris de nos jours. D’autres problématiques étaient apparues notamment le positionnement irréalisable et dangereux  à devoir se retrouver, de fait et en situation de crise, « au four et au moulin » !

Mais pour mieux témoigner de la situation, revenons à notre alerte.

Je bondis dans ma voiture et regagne le centre de secours. Me ruant dans le vestiaire pour enfiler la tenue d’intervention, j’entends l’employée de mairie qui assurait la permanence téléphonique (et oui, les CTA n’étaient pas encore nés) nous signaler qu’il s’agissait d’un appel de la gendarmerie pour un accident sur la RN 113 non loin de l’entrée est de la commune de VILLEPINTE……. et qu’il y aurait plusieurs blessés.
D’un coup d’œil je scanne alors l’effectif qui s’était présenté à l’appel de la sirène.
C’était toujours assez « folklorique » si j’ose dire, car nous pouvions faire un départ à plusieurs sous/officiers ou un autre rien qu’avec des sapeurs deuxième classe, tout le hasard de la non programmation des astreintes. Cette loterie en journée de semaine était pour moi une source d’angoisse car si j’étais présent, et « le plus ancien dans le grade le plus élevé », je sentais peser sur moi tout le poids de la responsabilité de la mission avec parfois peu de chance de pouvoir la partager….
En effet trois sapeurs allaient m’accompagner au VSAB tandis qu’un autre sapeur et un caporal allaient armer le VSR (une « estafette » Renault réformée de la Gendarmerie et aménagée par nos soins en Véhicule de Secours Routier).
Je me retrouvais de fait, chef d’agrès du VSAV, COS et « Infirmier », cela faisait beaucoup pour une seule tête même si l’insouciance générée par les jeunes années ne me permettait pas d’apprécier la situation à sa juste dimension.
Au moment de démarrer, la « dame de service » dont la première mission après avoir sonné la sirène ou déclenché les bips étaient de contacter le centre médical afin qu’un médecin renforce l’équipe secouriste, m’informa qu’aucun médecin n’était disponible.
Je serai donc le seul « soignant » sur les lieux pendant peut être de longues, de très longues, de trop longues minutes….   
Je commençais à me dire que cette intervention ne se présentait pas sous les meilleurs auspices et j’avais hâte d’arriver sur les lieux, d’avoir une vision claire de la situation, de dimensionner les moyens aux besoins avérés, …..
Les essais radio effectués avec le « fixe », j’entendis le stationnaire du CS prévenir de notre départ le « CODIS », « station directrice » du réseau radio opérationnel…..Nous étions bien loin d’Antares avec nos postes co-pilote à l’émission aléatoire et à la réception nasillarde.

Après une douzaine de minutes de trajet nous arrivons sur les lieux de l’intervention.
Vision apocalyptique en rase campagne sur cette portion à « 3 voies » de la RN 113 !
Le temps d’approche nous permet de voir…., de voir le cadre : deux véhicules en cause, choc frontal ? Oui probablement, là il y a quelqu’un allongé sur la route, il y a trop de badauds, la gendarmerie n’est pas là, il y du monde dans chaque voiture, et c’est quelle marque de voiture ?….comme pour lever le stress chacun à bord du véhicule y va de sa remarque, de sa réflexion. Même si elles ne servent pas à grand-chose, ces paroles nous permettent certainement de déjà verbaliser ce stress si envahissant qui nous repousse dans nos derniers retranchements.
Contact au sol, je demande aux deux équipiers de faire le point sur la voiture grise tandis que j’irais voir les occupants de la voiture blanche, le VSR ? Pas là avant de longues minutes… un appel radio au fixe pour demander deux VSAB supplémentaires et un renfort médical ? Non on fait d’abord le point et on bosse clair, on demande les moyens qui sont nécessaires….c’est peut être une erreur ? Non on fait toujours comme cela…..les idées s’entrechoquent, la perception est à l’affût, déconnectée du monde extérieur.
Il s’agit bien d’un choc frontal à cinétique très importante entre deux véhicules légers que l’impact a fait éloigner d’une bonne dizaine de mètres.
Tout d’abord un regard à la personne qui gît au sol, face contre le macadam baignant dans une mare de sang. Une femme, quarante ou cinquante ans, peut-être plus, elle semble ne plus être de ce monde, vidée de son sang. Son teint est livide, son pouls est absent.
Poursuivre la reconnaissance. Dans le véhicule blanc, une autre personne est sur le siège conducteur, un homme, lui aussi quarante ou cinquante ans ou plus, conscient, le visage gonflé et en sang, apparemment pas un adepte de la ceinture de sécurité lui non plus, il est conscient et hurle de douleurs. Son avant-bras droit présente une importante plaie qui saigne abondamment. Les portières sont bloquées, le véhicule est très déformé, les pieds du monsieur semblent prisonniers de l’amas de ferraille…
Coup d’œil à la voiture grise, mes deux collègues ont mis au sol le passager et ont débuté une RCP. Le conducteur est conscient, très pâle, prostré, ceinturé sur son siège, il ne semble pas prisonnier des tôles.
Je passe un bref message d’ambiance : « En présence d’un AVP choc frontal 2 VL quatre impliqués dont une delta-Charlie-delta et trois blessés graves. Une RCP en cours et 1 incarcéré. Je demande 2 VSAB supplémentaires ainsi qu’un renfort médical. Terminé ».
Le stationnaire du poste fixe accuse réception du message et je l’imagine en train de composer déjà le numéro du SAMU tandis que je l’entends appeler le CODIS pour obtenir les deux VSAB demandés.
Une multitude de choses me traverse l’esprit, il serait temps de baliser ce bordel, que du monde sur cette route, et la Gendarmerie ? Où sont-ils ? Et la désincarcération ? Et la RCP ça donne quoi ? Et le mec qui hurle coincé dans ses tôles et l’autre gars prostré, il ne m’inspire pas, mauvaise impression…..
Le VSR se présente enfin sur les lieux tandis que je regarde la position des jambes et des pieds du conducteur de la voiture blanche. La désincarcération va être longue. Quelques cônes de Lubeck sont posés autour du chantier, la circulation est bloquée dans les deux sens en attendant l’arrivée de la gendarmerie. Quelques consignes données et la désincarcération commence par l’ouverture de portière….
L’état du gars à bord de la voiture grise ne m’inspire vraiment pas confiance, je saute sur le stéthoscope et le tensiomètre se trouvant à bord du VSAB pour vérifier si son état hémodynamique est en adéquation avec son teint devenu livide et son pouls filant. Je ne perçois, au milieu du tintamarre ambiant, qu’un faible bruit à 6 mm hg. A mes questions, il répond de manière tout à fait adaptée, il a mal, il a mal partout, surtout au ventre…..de longues minutes vont se passer avant que le renfort médical ne se présente, il « n’attendra » pas jusque-là, un cath gris, un Plasmion®, un badaud qui sert de pied à perfusion et je rejoints mes collègues auprès du conducteur incarcéré. Là, la situation ne s’est pas améliorée, la désincar n’a pas débuté car il a fallu prendre le temps de comprimer l’avant-bras qui saignait de plus en plus. Là aussi une voie veineuse posée à la hâte et un remplissage débuté, rien bien sûr pour calmer la douleur de ces gens ! Et l’ACR, une voie veineuse posée mais la également rien à injecter…..
Entre temps la patrouille de Gendarmerie est arrivée sur les lieux, ça se voit ! La scène s’éclaircie, beaucoup moins de badauds……la présence des gendarmes est rassurante.
Les minutes s’égrènent, un premier VSAB se présente, je m’entretiens avec son chef d’agrès, un bilan complémentaire à faire remonter, jeter un œil aux perfusions,…..toutes les actions s’enchaînent plutôt méthodiquement, peut-être trop, peut-être des oublis, ils ne seront pas rattrapés !    
Enfin la VRM du SAMU (comme l’on disait en ce temps-là) arrive sur les lieux…..un point de situation à « l’Interne » et l’IADE qui l’accompagne…..un grand poids disparaît de mes épaules, mes collègues sont là !
Des décisions sont prises, on se réparti les victimes, adrénaline, morphine, remplissage,…..la priorité est sur le soin, la gestion de l’opération que je suis censé assurer est partie au second plan dans les profondeurs de ma MGO…..le second renfort VSAB se présente, personne ne le prend en charge…..la nature et le bon sens feront le reste.
Je reçois l’information, de je ne sais plus qui, de l’arrivée imminente d’un hélico du SAMU 31.
Le passager de la voiture grise est déclaré décédé, la RCP est arrêtée, cela libère du personnel. Le conducteur, lui, est en train d’être installé à bord du VSAV. La désincarcération du conducteur du véhicule blanc s’avère moins délicate que prévue mais ses jambes sont en lambeaux, lui aussi peut être glissé sur le plan dur.
La situation se décante, les deux victimes sont « cadrées » à bord des VSAB. L’état inquiétant de l’une d’elles monopolise l’interne et l’IADE tandis que je prends en charge l’autre,…..deuxième voie veineuse, pousse seringue, préparation du plateau d’intubation,…..
L’hélico du SAMU 31 se pose et son équipe médicale renforce le dispositif, ces troupes fraîches font du bien !   

Je réalise brutalement que je dois reprendre le « fil rouge » de cette intervention, messages de renseignements, gestion des moyens, des évacuations,…me voilà repassé COS après avoir peut-être été, pendant de longues minutes, INFIRMIER SAPEUR POMPIER.    

9 – Les autres Pionniers :

Et nous pensons à, Vincent Dubrous, Agnès Petit, Jean Pierre Lebastard, Bruno Gibert, Michel Rus, Jacques Foulon et ceux des années 1990 qui se reconnaitront



Ceux qui le souhaitent peuvent adresser leurs témoignages  au pôle NTIC de l'ANSISP qui, insérera ces travaux  dans le document. www.infirmiersapeurpompier.com ou dans la rubrique contact.




 BIBLIOGRAPHIE

1- BADINTER, Elisabeth, l'amour en plus, Flammarion, 1980
2- COLLIERE, Marie-Françoise, Promouvoir la vie, Inter Edition, 1982
3- CHARLES, G, L'infirmière d'hier à aujourd'hui, Le Centurion, 1970
4- HAMILTON, A, Thèse pour le Doctorat en médecine, Montpellier, 1900
5-HAMILTON, Apo.cit ; p.74
6- FOUCAULT, 1975
7- POISSON, M, Origines républicaines d'un modèle infirmier, 1998,  Editions hospitalières
8- CATANAS, Marc, Evolution socio-historique de la fonction cadre, cadre de santé, COM, 2008.
9- Archives: Souvenir Français:Section de Boulogne-sur-Mer
10- Archives : Vincent Dubrous , Jean-Pierre Deschin , Perspectives n°7, Les cahiers scientifiques de l'ENSOSP,  Edition 2012 ,
11- SNSPP 2006, Devenir du secours aux personnes, place des sapeurs- pompiers dans le concept de la réponse graduée, PLEIN FEUX
12- US Army: wwwvietnamphotography.com
13- Navy Nurse Corps
Archives : Jacques Bourgois, comptes-rendus Congrès Versailles, Tours, listings etc.

-----------------------------------------------------------------------

Envoyer
Inscription Désinscription
  • Membres total
  • Membres en ligne
  • Anonymes en ligne